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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

FILIERE CREVETTE AU BÉNIN : « Le Bénin a connu une mésaventure par rapport à la qualité », Dr Luc Gangbè

 FILIERE CREVETTE AU BÉNIN : « Le Bénin a connu une mésaventure par rapport à la qualité », Dr Luc Gangbè

Après la réinscription du Bénin sur la liste des pays autorisés à exporter les produits de pêche vers l’Union Européenne, il entre dans un processus de valorisation et de relance de la filière crevette à l’exportation. Avec Docteur Luc Gangbè, Chercheur à l’Institut National de Recherche Agricole du Bénin, votre journal vous fait l’état des lieux de cette filière tout en mettant l’accent sur les maux qui minent son développement.

Quel est l’état actuel de la filière crevettes au Bénin ?
Les crevettes représentent une filière qui marchait depuis des années, mais en 2003 avec les normes exigées par l’Union Européenne, elle a connu un petit problème. Ce qui a fait que cette filière est devenue une filière problématique. Mais depuis une dizaine d’années, le Bénin a repris l’exploitation des crevettes, que ce soit celles des eaux douces ou de mer. Donc actuellement, le tonnage est en train de revenir normal, mais il va falloir travailler suffisamment pour que cette filière reprenne correctement ses activités. Sinon, le maillon transformation continue à marcher à merveille, surtout en ce qui concerne les crevettes de mer. En termes de tonnage par rapport à la production halieutique nationale, le pourcentage est encore faible.


Quel est le volume de production et quelles sont les régions de production clé ?
Il y a deux catégories de crevettes au Bénin : les crevettes d’eau douce et les crevettes de mer (crevettes d’eau salée). Ce que le Bénin exportait, c’est surtout les crevettes de mer qu’on appelle les pénéidés. Donc en termes de volume, actuellement sa tourne autour d’à peine 5 à 10% par rapport à la production nationale. Les zones de production pour ce qui concerne les crevettes de mer, c’est les zones côtières où l’activité est réduite à l’exploitation. Donc, pour le moment, c’est beaucoup plus l’exploitation de crevettes d’eau salée. En ce qui concerne les crevettes d’eau douce, encore appelé crevette macrobrachium, leur zone de production est concentré dans la vallée, au sud Bénin en général avec un volume de moins de 5% de production.


Quelle est leur importance sur le marché national ?
Les crevettes sont très importantes parce que sur le plan culinaire, les crevettes sont utilisées en lieu et place des cubes. Elles sont très importantes dans le régime alimentaire du Béninois. Surtout en ce qui concerne les crevettes de mer, elles sont beaucoup transformées surtout sous forme de poudre pour assaisonner la sauce et les autres mets. Pour les crevettes d’eau douce, l’espèce qui est le plus attiré par la population, c’est l’espèce géant et cette dernière joue le rôle de la viande dans les nez. Donc les crevettes occupent une importante place dans l’alimentation des Béninois.


Quels sont les principaux défis auxquels est confrontée l’industrie de la crevette au Bénin en matière de réglementation, de durabilité et de qualité des produits ?
Le Bénin a eu une mésaventure par rapport à la qualité. Le pays faisait partie des pays grands exportateurs de crevettes de mer, mais en 2003 avec les normes de l’union européenne, le Bénin a connu un choc au plan international en termes d’exportation de cette espèce. Donc, nous devons continuer à travailler en ce qui concerne la cueillette. Nous devons chercher à assainir l’environnement des crevettes pour que les produits rejetés par l’union européenne à savoir les métaux lourds, les plombs et autres ne se retrouvent plus dans la chaire de ces crevettes. En termes de qualité, le Bénin doit encore beaucoup travailler. Pour ce qui concerne la durabilité, pour que cette filière soit durable et pouvoir satisfaire les devises au Bénin, il va falloir passer à l’industrialisation de la filière. Il faut passer de l’étape de la cueillette à l’étape de production industrielle. Parlant de la réglementation, nous devons aussi travailler à cadrer ceux qui font la cueillette afin qu’ils ne ramassent pas les crevettes en pleine maturité. Ensuite, il faut aussi travailler sur les textes pour mieux cadrer l’exploitation des crevettes dans la nature et passé à l’industrialisation de ces crevettes en captivité.


Quels progrès récents ou innovations technologiques ont eu un impact significatif sur la production de crevettes au Bénin ?
En matière d’innovation, l’université d’Abomey-Calavi en partenariat avec l’INRAB a fait un travail en 2014 sur les crevettes d’eau douce. Nous avons essayé de domestiquer ces crevettes qui entre temps se ramassaient dans la nature. Aujourd’hui, nous avons pu maîtriser la capacité à les garder en dehors de leur habitat naturel. Également, nous avons mené des recherches pour maîtriser un peu leur alimentation. Donc aujourd’hui, les crevettes macrobrachium à garder en captivité et les nourrir ne pause plus un problème. En ce qui concerne la reproduction, nous avons aussi assez d’avancées, mais le problème est qu’il faut passer à des infrastructures adaptées. C’est dans le cadre des travaux de thèse et de master que ce travail a été fait avec l’appui des PPAO, mais il faut que le gouvernement même porte l’activité pour qu’on passe à l’installation des infrastructures adaptées pour la production comme ce qui se fait au niveau des poissons. Pour ce qui concerne les crevettes d’eau salée, nous n’avons pas encore vraiment travaillé dessus.


Quels sont les principaux enjeux environnementaux liés à la production de crevettes au Bénin et quelles sont les mesures prises pour les atténuer ?
Il y a la pollution de l’environnement qui devient de nos jours grandissante. Lorsqu’on parle de pollution de l’environnement, c’est la pollution de nos ressources alimentaires et lorsqu’on parle de pollution de nos ressources alimentaires, on parle de la vulnérabilité de la santé des consommateurs. Donc c’est de faire en sorte que l’environnement des crevettes soit assainie. Et pour régler tout ce problème, c’est de pouvoir maîtriser en captivité l’élevage de ces crevettes. L’enjeu est donc de tout faire pour qu’on puisse maîtriser l’élevage de ces crevettes en captivité et le gouvernement doit nous aider à mettre en place les équipements qu’il faut. La deuxième chose est de continuer à travailler sur les textes pour cadrer la pollution de l’environnement de ces crevettes à savoir la population de façon générale et les usines qui vident les eaux avec les influents, les déchets et autres dans l’environnement de ces crevettes.


Quelles recherches ou projets sont actuellement en cours pour améliorer la production de crevettes au Bénin ?
Actuellement, on est à la recherche de financement pour poursuivre le travail qui est fait. Cette année, nous avions eu des étudiants qui ont travaillé sur la production des postes larves puisque les postes larves sont recherchés dans le monde. Les postes larves des crevettes sont très commercialisés. Que ce soit des crevettes d’eau douce ou salée, ce sont des sources de devises. Donc si nous arrivons à maîtriser la production de ces postes larves en captivité, cela représente donc des sources de financement énormes pour le Bénin. Nous continuons donc à rechercher de financement dans le monde entier pour pouvoir relancer les activités, mais chaque année nous ne cessons pas de formuler des thématiques dans le cadre du PTAB (programme de travail annuel budgétisé) et on essaie toujours d’intégrer des thématiques sur les aspects qui n’ont pas été suffisamment fouillés au moment où on avait pas des projets pour l’élevage de ces crevettes. C’est le cas de ces étudiants qui ont travaillé sur les postes larves, il y a d’autres qui ont travaillé sur quel type d’aliments, il faut donner pour accélérer la reproduction en captivité de ces crevettes. Donc il n’y a pas de projet pour le moment, mais les projets sont élaborés, juste qu’il n’y a pas encore de financement pour un projet en cours. Néanmoins, les projets sont élaborés et je sais que le gouvernement est en train de faire des efforts pour redynamiser cette filière. Il y a des projets de recherche, il y a des projets de développement qui sont en cours. Nous espérons donc que bientôt la filière va être redynamisée.


Avez-vous des recommandations ou des conseils pour renforcer et soutenir davantage la production de crevettes au Bénin ?
Première recommandation est de tout faire pour que le Bénin puisse devenir un grand producteur de crevettes, production de crevettes en captivité bien sûr parce qu’on est en train de constater qu’au niveau des débarquements, le tonnage des crevettes diminue parce que les crevettes sont complètement supprimées du réseau trophique. On en ramasse tous les ans, mais on ne produit pas. Donc il va falloir passer de la reproduction, à l’élevage des crevettes en captivité.

Deuxième recommandation, c’est au niveau de l’exploitation, il faut qu’on puisse travailler avec le gouvernement pour cadrer l’exploitation de la cueillette de ces crevettes et aussi la protection de leur environnement.
Propos recueillis et transcris par Oyéyèmi AGANI

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