Un risque sanitaire sous-estimé par les consommateurs
Consommé chaque jour dans de nombreux foyers ruraux, le lait de vache peut cacher des risques sanitaires souvent méconnus s’il n’est pas produit dans de bonnes conditions d’hygiène. Entre pratiques de traite approximatives, transport à risque et manque d’hygiène, les bactéries se multiplient rapidement, exposant consommateurs et enfants à des maladies graves. Il urge donc de comprendre les enjeux et les gestes simples qui peuvent protéger la santé.
Consommé quotidiennement dans de nombreux foyers ruraux, le lait de vache est loin d’être toujours un aliment sûr. Derrière son apparence naturelle se cachent parfois des risques sanitaires majeurs liés au non-respect des règles d’hygiène. À la base, une traite fréquemment peu hygiénique. En milieu rural, la production du lait repose essentiellement sur des méthodes traditionnelles.
En effet, les règles minimales d’hygiène, dont le lavage des mains à l’eau et au savon, le nettoyage des trayons, l’utilisation de récipients propres, sont pourtant bien connues. Sur le terrain, ces conditions ne sont pas toujours respectées. « Beaucoup d’éleveurs traient sans se laver les mains et sans nettoyer correctement les trayons, ce qui favorise la contamination du lait », fait constater Dr Mazou Mamoudou, médecin généraliste.
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Le lait de vache, un milieu sensible
Ainsi, le lait cru contient naturellement de l’eau, des protéines et des minéraux, ce qui en fait un milieu très nutritif pour les bactéries. Une mauvaise manipulation suffit à dégrader rapidement sa qualité sanitaire.
De plus, le lait cru, lorsqu’il est mal manipulé, compte parmi les denrées alimentaires les plus souvent associées aux maladies d’origine alimentaire. La moindre négligence lors de la traite peut avoir de lourdes conséquences sanitaires. « Un simple contact avec des mains sales ou des trayons non nettoyés peut contaminer toute la production du jour », a insisté le Dr Mazou Mamoudou.
Des maladies bien présentes chez les consommateurs
La consommation de lait contaminé expose les populations à plusieurs maladies graves telles que la brucellose, la tuberculose bovine, la listériose, la salmonellose ou encore les infections à Escherichia coli. Selon les estimations du Foodborne Disease Burden Epidemiology Reference Group (FERG) de l’OMS, les aliments d’origine animale sont responsables d’une part importante des maladies d’origine alimentaire dans le monde, et parmi eux, les produits laitiers, dont le lait, contribuent à environ 12 % du fardeau global.
Ces maladies touchent particulièrement les enfants, les personnes âgées et les personnes au système immunitaire affaibli. Ce chiffre souligne l’importance de bonnes pratiques d’hygiène lors de la production et de la manipulation du lait, en particulier en milieu rural en Afrique subsaharienne.
Au-delà de l’hygiène humaine, la santé de la vache constitue un facteur déterminant. La mammite, une infection de la glande mammaire, est fréquente dans les élevages traditionnels. « Une vache atteinte de mammite peut produire un lait fortement contaminé, même s’il paraît normal à l’œil », a précisé le Dr Mazou Mamoudou. La mammite, maladie fréquente des vaches laitières, touche en effet jusqu’à 40 % des animaux dans les élevages traditionnels, surtout là où le diagnostic précoce fait défaut. Cette situation augmente le risque pour les consommateurs de lait cru et de produits laitiers.
Transport et conservation
Après la traite, le lait est généralement transporté sans chaîne du froid, parfois sur de longues distances et sous de fortes températures. À cela s’ajoutent des pratiques à risque, comme l’ajout d’eau non potable pour augmenter le volume du lait. Pourtant ailleurs, des pratiques plus sécurisées inspirent et peuvent être copiées. En Afrique de l’Est, notamment au Kenya, des programmes appuyés par la FAO ont permis de réduire de plus de 50 % les maladies liées à la consommation du lait, grâce à la formation des éleveurs et à l’amélioration des pratiques d’hygiène (FAO, Dairy Development Programmes in East Africa).
Par ailleurs, pour le Dr Mazou Mamoudou, des gestes simples peuvent avoir un impact majeur. « Se laver les mains, nettoyer les trayons, utiliser des récipients propres et faire bouillir le lait avant consommation sont des mesures peu coûteuses mais très efficaces», a-t-il conseillé. Dans un contexte où le lait reste une source essentielle de nutriments pour de nombreuses familles rurales, l’amélioration de son hygiène constitue une priorité de santé publique. Garantir un lait sain, c’est protéger les consommateurs, réduire les maladies évitables et renforcer durablement la sécurité alimentaire.
Aboubakar FAÏSSAL


