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Genre et développement

ACMA 2/ TRANSFORMATION DU MANIOC EN GARI: Une activité a fort impact social et économique pour les femmes de Gankpetin à Dassa-Zoume

La région des Collines est réputée pour sa forte capacité de production de gari et de tapioca. Cette activité fait la fierté des populations qui en tirent l’essentiel de leurs ressources. Et ce, en dépit des difficultés qu’elles rencontrent. Au premier rang des acteurs de ce secteur d’activité qui génère des revenus, se trouve des femmes aidées pour la plupart du temps par leur entourage. A Dassa une équipe de la rédaction de LE RURAL Bénin Tv, s’est rendu dans le village de Gankpetin, au sein d’une unité de transformation de manioc en gari et autres dérivés construite par ACMA 2, là-bas, c’est la présidente de la Coopérative qui nous a exposé le contexte de transformation et de commercialisation des produits. Elle a également partagé les difficultés que la coopérative rencontre dans l’exercice de ses tâches.

Par LAURE LEKOSSA

Exactement 10 h et Dame Louise Madohonan se retrouve déjà sur son lieu de travail tout en sueur, assis sur un tabouret avec une spatule en bois en main, entrain de remuer le gari dans un plateau de torréfaction construite à partir d’un foyer situé à l’extérieur du mur de l’usine. C’est une unité de transformation de manioc et autres dérivées construites par le programme ACMA 2 dans la localité. Interrogé sur la raison du choix de cette activité, elle affirme : « Ici chez nous à Gankpétin, c’est la culture de manioc qui est notre activité principale. Et comme nous produisons du manioc nous avions opté pour la transformation de ce tubercule. Ce sont nos grands-mères qui faisaient le gari, et moi, j’ai été mis au monde dans le gari parce que j’ai grandi dedans et depuis que j’étais enfant j’aidais ma maman pour l’épluchage du manioc ainsi que pour la fabrication du Gari .C’est comme ça je me suis retrouver à produire au quotidien le Gari. C’est devenue une activité pour moi ».

A Gankpétin, un village de l’arrondissement de Paouignan, la transformation de manioc en gari est l’activité principale de la plupart des femmes. La production du gari ainsi que son commerce, occupent le quotidien des habitants de ce village situé aux abords de la route inter-état Cotonou-Parakou, à quinze kilomètres environ de la ville de Dassa-Zoumè, chef-lieu du département des Collines. Le manioc provient souvent des champs des cultivateurs de Paouignan, Gankpétin, Chaounka, et d’autres fermes de la commune de Dassa-Zoumè, pour échouer dans les domiciles des transformatrices, grâce aux conducteurs de tricycle généralement sollicités pour le transport nous a appris Dame Louise Madohonan. L’obtention du Gari note-t-elle, suit un certains nombres d’étapes « D’abord pour faire le Gari, nous achetons le manioc chez les producteurs ou nous les arrachons aux champs. Seules les racines saines de manioc (sans pourriture ni autre dégât) sont transportées à l’usine. Une fois à l’usine, nous épluchons ces racines afin d’enlever la pelure brune. Après cela, l’épaisse couche crème en dessous est lavée pour enlever les tâches et les impuretés. Moi je l’avais le manioc une seule fois mais j’ai bénéficié du programme ACMA2 qui a apporté quelques changements dans mon mode de préparation. Avant je l’avais une seule fois, le manioc, aujourd’hui je les laves au moins 3 fois. » Elle poursuit : « Après le lavage, nous passons au râpage des racines de manioc pour obtenir une pâte ou pulpe. C’est un processus traditionnel visant à éliminer le cyanure et rendre les racines comestibles. Avant nous utilisons des râpes traditionnelles qui sont généralement en lames de métalliques perforées, qui rouillent facilement et sont difficiles à nettoyer. Mais avec ACMA 2, nous avons acquis de nouveaux équipements qui nous facilitent la tâche. Après avoir fini de râper le manioc, nous passons au pressage. Le pressage et la fermentation complètent le processus d’élimination du cyanure de la pâte de manioc. Traditionnellement nous le faisons avec des pierres ou des morceaux de bois que nous posons sur les sacs pour faire sortir l’excès d’eau des sacs avec la pâte. On laisse ensuite les sacs égoutter et le contenu fermenter pendant quelques jours. À la fin de la période de fermentation, la pâte se transformera en une masse ferme et humide. Des périodes de fermentation plus longues qu’un ou deux jours résulteront des produits très acides. A la fin de fermentation, nous mettons les sacs directement dans une presse hydraulique. Nous faisons cela plusieurs fois par jour jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’eau qui sorte du sac, ce qui résulte en une pâte humide et ferme. Lorsque l’eau cesse de s’égoutter des sacs mais que la surface du sac est encore humide, nous retirons la pâte humide et fermons la presse. C’est cette pâte humide que nous tamisons pour obtenir une semoule que nous allons torréfier pour obtenir le gari qui est le produit fini » a-elle expliqué.

Le gari produit dans ce village est vendu dans les marchés environnants, ainsi que Paouignan et Dassa-Zoumè, où les femmes commercialisent ce dérivé du manioc. Quand bien même elle s’assimile à une véritable industrie, la production du gari, farine obtenue après la transformation du manioc, reste encore artisanale au Bénin. Une réalité qui, à en croire Dame Louise Madohonan, transformatrice s’explique par le caractère rudimentaire de la production ajouté aux difficultés d’écoulement du produit. Celles-ci travaillent individuellement ou généralement en association. « Nous rencontrons assez de difficultés, moi j’ai parfois des difficultés à obtenir le manioc surtout en saison sèche parfois le prix du manioc augmente et je n’arrive même pas à trouver des tricycles pour le transport .C’est seulement mes enfants qui m’aident parfois et aussi pour l’épluchage. Dieu merci aujourd’hui, nous travaillons en groupe, sinon avant c’est vraiment difficile de faire tout ça seule ». En ce qui concerne la commercialisation du gari, « moi avant j’avais des clients qui venaient acheter chez moi, en plus de ça les bonnes dames qui vendent ça viennent acheter de temps en temps, parfois nous recevrons aussi des commandes. Sinon nous avons de sérieux problèmes à écouler nos produits comme le gari n’est pas quelque chose de périssable, peu importe le temps que cela prend, nous arrivons à vendre quand –même » a-t-elle fait savoir avant d’ajouter « Avant nous souffrons beaucoup pour la commercialisation du Gari surtout quand je travaillais seule je faisais parfois du marketing pour vendre mon gari parce que nous sommes nombreuses à produire dans le village mais aujourd’hui que je me retrouve en association et que nous travaillons ensemble, ACMA2 nous aide aussi à améliorer nos produits et à nous trouver d’autres marchés. ».

Toutefois, l’écoulement du gari sur le marché reste problématique. Dans la commune de Dassa-Zoumè, carrefour par excellence du commerce du gari et du tapioca mais aussi région réputée pour sa production du manioc, plusieurs personnes tirent l’essentiel de leurs revenus de cette activité très rentable selon les dires de Dame Louise Madohonan. « Il y a de l’argent dans le gari, j’arrive à subvenir à mes besoins et à prendre soin de ma famille. Je profite de l’occasion pour remercier le programme ACMA2 pour ce qu’il a fait pour les femmes du village de Gankpétin ; je dis merci à ACMA 2 parce que c’est grâce à ce programme que nos activités évoluent davantage ».

Des défis pour cette filière à fort potentiel

Le manioc occupe une place importante dans l’alimentation de la population Béninoise. Fort de ce constat, le gouvernement, dans son Plan stratégique de développement agricole, a inscrit le manioc au titre des cultures prioritaires. Ce produit occupe la première place dans la culture des racines et tubercules .Le manioc représente 2,8% du Produit intérieur brut et 8,3% du Pib agricole. Cette filière constitue une composante importante de l’économie agricole du Bénin. Les dérivés du manioc, notamment le gari et le tapioca, autrefois exportés vers le Nigeria, le Burkina Faso, le Niger, le Mali, le Gabon et autres peuvent positionner le pays sur les marchés régionaux et internationaux. Toutes choses qui soulageraient les producteurs qui ne cessent d’implorer la clémence du gouvernement à cette fin. Il importe alors qu’une attention particulière soit accordée à ces doléances, vu que le manioc semble être classé comme culture à prendre en compte dans les pôles de développement agricoles.

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