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Agriculture

L’OIGNON: Une culture à forte consommation mais marginalisée

La filière de l’oignon (Allium cepa) est devenue l’un des piliers de l’économie rurale ouest-africaine et ce légume fait l’objet d’échanges et de réseaux commerciaux, parfois en concurrence et parfois complémentaires, entre plusieurs pays de la sous-région notamment le Bénin.

Laure LEKOSSA

Apprécié par la plupart des peuples à travers le monde, l’oignon (Allium cepa) est un légume qui joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire au Bénin. La culture de l’oignon au Bénin est relativement récente (40-50 ans).

Les zones de production de l’oignon

Les principaux pôles productifs sont localisés dans le département de l’Alibori, communes de Malanville et de Karimama, assurant 90 % de la production nationale (CeCPA de Malanville et de Karimama) qui s’est élevée à 36. 019 tonnes pour la campagne agricole 2009-2010 (ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche) avec des rendements inférieurs a` 20 t/ha. Bien que l’oignon soit cultivé  principalement dans le Nord du pays à  partir des années 1990, sa production est plus développée dans le département de l’Alibori en différentes variétés: l’oignon  de  Galmi  (ou  oignon  blanc de Galmi),  le  violet  de  Galmi  (ou  oignon Agadès) et l’oignon Dendi de Malanville (ou oignon  rouge,  oignon  local).  De  nouvelles zones de production sont apparues dans le Sud (départements du Littoral, du Mono, des Collines, de Couffo et de l’Ouémé). Bien que les conditions climatiques de cette zone agroécologique ne soient pas très favorables à  la culture, la production d’oignon dans ces localités se fait d’avril à décembre et permet d’approvisionner le marché  local en période de faible disponibilité. Le stockage est une pratique peu diffusée au Bénin qui est très liée à la conservation pour l’autoconsommation, en raison du faible encadrement technique des producteurs (Afomasse, communication personnelle). Bien que la culture de l’oignon soit en expansion, le pays n’est pas capable de satisfaire la demande interne de 45 .000 tonnes (Saizonou, 2006) tout au long de l’année, ce qui explique la nécessité   d’importer le restant, principalement du Niger. C’est une denrée alimentaire présente sur tous les marchés à l’intérieur du pays dont le principal est le marché Dantokpa (Cotonou, Mahoulé).

Mode de production de l’oignon

Abdou Kadiri SAKA K., Ingénieur Agroéconomiste explique que la production de l’oignon au Bénin évolue petitement. « C’est depuis  2016 que je produis de l’oignon sur ma ferme. J’emblave au 0.5 hectare par saison. La saison sèche (la période de d’harmattan) est la plus propice pour la production de l’oignon d’octobre à février). En période d’harmattan, la tubérisation est favorable. C’est une culture très rentable » a-t-il déclaré. Pour produire l’oignon souligne-t-il, il faut d’abord faire l’étude du sol. Les types de sols les plus appropriés à la production de bulbes sont les sols sableux, sablo-limoneux, sablo-argilo et riches en matière organique. Les sols caillouteux, lourds et argileux sont à éviter. Il faut également tenir compte des précédents culturaux.  Les différentes opérations avant le semis sont : le défrichement, le nettoyage et le labour sur 20 cm de profondeur. Il est nécessaire de débarrasser le sol de tous débris pouvant déformer les bulbes. Un nivellement du sol est indispensable après le labour effectué pour éviter la stagnation de l’eau après la pluie. Ensuite, il faut procéder dira-t-il au choix de la variété d’oignon à cultivée. « Dans les conditions agro écologiques du Bénin, les variétés suivantes peuvent être utilisées : Violet de Galmi, Blanc de Galmi, Ares, violet de malanville, Texa-grano, » a-t-il précisé. Faire le test de germination juste après l’achat de la semence et avant l’installation de la pépinière. Ceci permettra de s’assurer de la viabilité et la quantité de semences à utiliser puisque le maraicher connaitra le taux de germination pratique de sa semence achetée. Pour le test de germination, on peut utiliser les boites de pétris, les plaques alvéolées ou des verres jetables. Installer une pépinière (hors sol de préférence) afin d’éviter les pathogènes et d’avoir des plans sains et vigoureux au repiquage. Il faut le faire en utilisant des Bacs en bois ou en béton, des plaques alvéolées ou des Verres jetables, du  sable stérilisé et du compost ou terreau. Dans les contenants (bacs, plaques alvéolées, verres jetables),  il faut mélanger une quantité de matières organiques et 2 quantités de sable stérilisé.  Les graines sont semées en ligne  dans des sillons creusés à l’aide d’un morceau de bois.  Les sillons sont espacés de 10 cm.  Il faut recouvrir les graines d’une fine couche de sable  puis toute la planche de paille, de feuilles de cocotier ou autres feuilles et ensuite arroser avec une solution de fongicide et bactéricide.  La levée des graines poursuit –il intervient 8 à 10 jours après le semis. À ce moment, il faut retirer la paille et entretenir les plantules pendant toute la durée de la pépinière. Ceci permettra une croissance harmonieuse des plantules sans concurrence avec les adventices. L’entretien des plants de la pépinière doit se faire à la main de préférence, pour ne pas stresser certains plants. Puis biner légèrement, irriguer et traiter au besoin.  La pépinière dure 30 à 35 jours.  Après le choix du site, il faut  délimiter la parcelle afin  de connaître la superficie à emblaver.  Après quoi, le nettoyage puis le labour.  Il faut confectionner les planches, billons ou bien des casiers selon le choix du PME et procéder au Repiquage pour permettre une bonne trouaisons. Il faut apporter de l’engrais organique bien décomposé comme des fientes, le compost et la bouse de vache en fumure de fond  2 à 3 jours avant semis, à la dose de 20 t/ha soit 4 kg/planche de 2 m². Un apport de fumure organique d’entretien est indispensable dans les sols très sableux, à  2 ou à 4 semaines après la levée des plants. Des sarclo-binages doivent être faits toutes les deux (2) semaines ou chaque fois que le besoin se fait sentir.  L’arrosage doit être  aussi régulier.  Tout dépend de la capacité de rétention en eau de la parcelle. Toutefois, il doit être arrêté au moins dix (10) à quinze (15) jours avant la récolte. La protection phytosanitaire doit être préventive contre les maladies fongiques comme la fonte de semis, la pourriture  dès  75 à 90 jours après le repiquage suivant la variété (on observe déjà un jaunissement et dessèchement des feuilles). À ce stade,  on peut procéder à la récolte des bulbes. Si le sol est trop dur et qu’il est difficile de déterrer les bulbes, on procède à un léger arrosage de la parcelle tout en  coupant  les feuilles à 10 – 15 cm du collet pour les  séparer  des bulbes.

Contrairement au coton ou à l’arachide, la filière oignon s’est développée, la plupart du temps, sans encadrement organisationnel et technique. Son essor constitue un bel exemple de développement endogène et  pourvoyeur d’emplois et de revenus, malgré que les producteurs soient confrontés à des difficultés liées aux  maladies fongiques et virales qui provoquent la fonte des cultures et la pourriture du collet des jeunes plants, et  la menace à laquelle est exposée  la production locale à travers  l’oignon importé du Niger. Au vu de l’utilité de ce légume pour l’organisme humain, l’importance de sa circulation pour l’économie du pays et le nombre de personnes qu’emploie le secteur, répondre à leurs cris de cœur revêt d’une grande nécessité.

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