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1er groupe de presse agricole en Afrique de l’Ouest

Équilibre entre préservation climat et sols : Un défi permanent pour les agriculteurs des zones montagneuses de l’Atacora Bénin

 Équilibre entre préservation climat et sols : Un défi permanent pour les agriculteurs des zones montagneuses de l’Atacora Bénin

Au Bénin, les zones les plus élevées, aux caractéristiques géographiques uniques, offrent des défis et des opportunités exceptionnelles. Les conditions climatiques particulières, les sols fragiles et l’agriculture durable sont au cœur des préoccupations de ces zones. Souvent confrontés à ces enjeux environnementaux et agricoles essentiels, les producteurs adoptent des solutions pour préserver l’équilibre entre climat, sols et production agricole.

Cédric Joawo BAKPE

Les montagnes créent souvent un microclimat qui favorise les précipitations orographiques. Les nuages qui se forment au-dessus des sommets, se condensent et se transforment en pluies abondantes. Ces pluies par conversion apportent des avantages considérables pour l’agriculture, mais elles posent également des défis en matière de gestion des sols et de l’érosion. Selon l’étude ‘’Adaptation de l’agriculture en zone de montagne aux changements climatiques » menée par la FAO en 2015, les changements climatiques affectent les zones de montagne de manière significative, avec des conséquences sur la disponibilité de l’eau, les rendements des cultures et la productivité agricole. C’est pourquoi l’adaptation de l’agriculture en montagne aux changements climatiques est essentielle pour assurer la sécurité alimentaire et le bien-être des populations locales.

 Le département de l’Atacora au Bénin est connu pour être une zone montagneuse offrant ainsi un paysage vallonné et une altitude élevée. Dans le cadre d’un atelier de renforcement des capacités sur l’agriculture intelligente face au climat, le Dr Irénikatché Akponikpè, professeur titulaire en Sciences de l’eau et modélisation, a conduit les participants sur un site dans la commune de Boukombé qui présente des caractéristiques climato-intelligentes. Selon les observations du professeur Akponikpè, la région de Boukombé se situe dans les zones les plus élevées du pays, offrant des conditions climatiques particulières. Il souligne l’importance des précipitations orographiques, expliquant que « l’évaporation ici par conversion monte très rapidement et puis aussi ça revient aussi comme pluie localement ». Les pluies par conversion, provoquées par la topographie montagneuse, jouent un rôle essentiel dans l’agriculture de la région.

Des sols fragiles nécessitant une conservation accrue

Cependant, derrière cette apparence verdoyante se cachent des sols vulnérables. Le substratum, composé d’une roche délicate, allié à l’altitude élevée et à un sol peu profond, engendre une fragilité supplémentaire. Les sols sont fragmentaires, pauvres en matière organique et en nutriments essentiels à la croissance des cultures. Cela soulève la question des défis liés à la gestion des sols en zone montagneuse. Le professeur Akponikpè met en évidence la vulnérabilité des sols de Boukombé en raison de leur nature peu profonde et de leur fragilité face aux conditions climatiques particulières. Il souligne que « les propriétés de fertilisation ne sont pas au rendez-vous » et que la rétention d’eau est un problème. La préservation de la fertilité des sols est donc essentielle pour assurer une production agricole durable. L’étude ‘’Gestion durable des sols en zone de montagne » réalisée par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI), 2017 propose des stratégies pour prévenir l’érosion, telles que la mise en place de pratiques de conservation des sols (comme les terrasses, les haies vives et les bandes enherbées), l’amélioration de la gestion de l’eau (comme l’irrigation goutte-à-goutte) et l’utilisation de techniques agricoles adaptées à la topographie et aux sols montagneux. Forte heureusement, dans cette zone par exemple, face à ces défis, des projets de conservation des sols ont été mis en place il y a plus de 15 ans. Des aménagements tels que les diguettes et les cordons pierreux ont été utilisés pour prévenir l’érosion des sols et maintenir leur fertilité. A en croire le professeur, ces projets ont permis de soutenir les communautés locales dans leurs efforts pour préserver les terres agricoles. Toutes fois la question de la gestion des sols en zone montagneuse reste un sujet d’actualité. Il convient d’adopter de bonnes pratiques en matière d’agriculture durable en montagne, tels que l’agroforesterie (l’intégration d’arbres dans les systèmes agricoles), l’agriculture biologique, la rotation des cultures, l’utilisation de variétés de cultures résistantes aux conditions montagneuses, comme le recommande l’étude « Agriculture durable en montagne : pratiques et innovations » réalisée par l’Agence européenne pour l’environnement (EEA).

La mécanisation agricole et les enjeux de durabilité

Alors que la mécanisation agricole gagne du terrain dans la région, de nouveaux défis se posent. Certains agriculteurs sont tentés d’utiliser des tracteurs pour augmenter leur productivité, mais cela peut endommager les aménagements de conservation des sols. Un équilibre délicat doit être trouvé entre la modernisation des techniques agricoles et la préservation des systèmes de conservation. En soulevant la question, le professeur Akponikpè met en garde contre l’utilisation de tracteurs qui pourraient endommager les systèmes de conservation des sols. Il souligne la nécessité de trouver un équilibre entre les techniques modernes et la préservation des pratiques de conservation traditionnelles. Pour tout dire, la production agricole en zone montagneuse représente un défi complexe nécessitant une approche équilibrée.

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