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Genre et développement

EXTRACTION DU SEL A OUIDAH: Une activité ancestrale pour les vaillantes femmes de djègbadji

Dans la commune de Ouidah plus précisément à Djègbadji, les femmes vivent de la fabrication et de la commercialisation du sel. Une activité ancestrale dont les héritières ont l’obligation de préserver et de pérenniser. Une équipe de la rédaction vous plonge via cet article dans l’univers du quotidien de ces vaillantes dames.

Par Laure LEKOSSA

« Djègbadji », zone marécageuse et salée de la ville de Ouidah, est située à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Cotonou. Ici, la majorité des femmes s’activent à travailler d’arrache-pied pour pérenniser un héritage ancestral. Il s’agit du sel.

Des femmes de tous âges ne ménagent aucun effort pour offrir à leurs descendances, un avenir décent, et ce, malgré les nombreux obstacles auxquels elles font face. Juste à l’entrée de ce village, on aperçoit des femmes en pleine activité de fabrication du sel. Un peu plus loin, se trouve des cabanes construites en bois et en palmes légèrement séparées l’un à l’autre et appartenant aux salicultrices.

Tôt le matin, elles se réveillent pour sacrifier à la tradition. Le processus artisanal de la production et de la préparation du sel démarre par l’observance, l’identification et la reconnaissance du sable sablé. C’est une technique qui consiste à gratter le sable sablé de la terre et d’en faire des petits tas qui seront ensuite versés dans de grands paniers tressés en branchages de palétuviers dans lesquels elles intercalent des linges fins en guise de filtre. « Nous identifions les parties du sol susceptibles de contenir du sel, et nous raclons jusqu’à l’obtention de petits tas consistants, qui seront utilisés dans la chaîne de production. Lorsqu’un sol contient du sel, on le reconnaît aux petites particules brillantes qui l’émaillent » fait savoir Dame Rosine Zounhinkpè, une productrice de sel.

Déjà aux environs de 10 heures, elle a fini la première étape et se retrouve en cuisine pour la préparation. La plupart des femmes exerçant sur les lieux, ont hérité de leurs ancêtres, un dispositif de filtrage traditionnel fait de branchages de palétuviers. C’est dans ce dispositif que le sable ramassé est déversé. À la base du panier, elles installent un petit tuyau qui permettra à l’eau ayant récupéré le sel du sable, de s’écouler dans un grand récipient. Elles effectuent alors un test de salinité de l’eau ainsi obtenue, en versant un peu de cette eau dans un flacon et en y ajoutant quelques noix de palme. Si les noix remontent à la surface, la salinité est bonne, si les noix restent au fond du flacon la salinité n’est pas suffisante. Dans ce cas, l’eau est remise sur du sable salé pour recommencer l’opération du filtrage.

Dans les cabanes construites en bois et palmes, cette eau sera placée dans de grandes marmites, sur un four en terre à quatre foyers, alimenté au bois. L’ébullition et l’évaporation de cette dernière permettra enfin de récupérer le sel. « Après avoir récupérer les sables, nous les versons dans les grands paniers tressés et sur lesquelles nous ajoutons de l’eau de la lagune qui entoure nos parcelles. C’est de l’eau salée qui coule via un petit raccord de dix centimètres qui part du panier vers une jarre ou bien une bassine posée juste à côté et fixée en profondeur dans le sol comme pour l’immobiliser. C’est de ce filtra, que va naître le sel que nous allons pouvoir mettre au feu » partage dame Zounhinkpè Rosine après une matinée de dure labeur.

Pour elle, c’est un quotidien assez mouvementé depuis l’étape du ramassage du sable jusqu’à celle de la préparation. « Cette activité est pour moi un héritage que je dois préserver parce que j’ai grandi dedans et je m’y suis déjà adaptée. C’est une obligation pour moi de continuer à tisser l’ancienne corde au bout de la nouvelle » affirme-t-elle. Ce miracle du sable au sel, ne se produit pas sans difficultés: « Nous travaillons sans répit, de jour comme de nuit. Souvent, chaque salicultrice est seule dans sa cabane et doit exécuter toutes les étapes. La plus grande difficulté que moi je rencontre se situe au niveau de l’inexistence et de l’insuffisance des bois de chauffage. Avant, nous utilisons des fagots de bois issus des mangroves situés un peu partout le long de la lagune. Mais depuis un bon moment, le coupage de ces bois nous a été interdit. Nous souffrons énormément de cette situation. Les quelques fagots de bois que nous allons payer ne nous suffisent même pas pour la cuisson du sel. J’avais pris hier un fagot de 8.000 mais c’est fort probable que demain je n’en trouve plus à utiliser si aujourd’hui j’en utilise assez » s’indigne-t-elle.

Quand la covid défis les prestations commerciales

Après la production, ces femmes se rendent à « Kpassè », l’un des marchés de la commune, pour écouler leurs produits. Elles portent elles-mêmes le sel jusqu’au marché et se battent pour le vendre à un prix décent qui leur permettra d’acheter du bois et les intrants nécessaires à une nouvelle production. Toutefois avec l’avènement de cette pandémie liée au coronavirus, la commercialisation du sel est un peu difficile. « Le sel que j’ai eu à préparer depuis 6 mois je n’ai pas encore pu libérer mon stock, surtout avec la situation de coronavirus ces derniers temps, nous n’arrivons plus à avoir de la clientèle. C’est quand nous recevons des visites touristiques que nous arrivons à vendre un peu. Mais depuis que Corona est venue, nous n’avions plus eu de visites. Nous sommes parfois obligés d’aller vendre ça dans le marché d’à côté », affirme-t-elle.

Le PAG sollicité par les femmes…

Dans la mise en œuvre de son programme d’action, le gouvernement béninois a entrepris des actions et projets phares pour la rénovation du secteur touristique. Au nombre de ces projets figure celui de la ‘’Route des pêches .Ce projet qui vise à mettre en valeur le potentiel touristique du littoral entre Cotonou et Ouidah et à offrir à la clientèle étrangère et locale (visiteurs et touristes) de nouvelles offres.

Ce projet consiste en la réalisation de 2.000 chambres d’hôtel de niveau 3 à 4 étoiles et à la mise en place d’infrastructures connexes : aqueduc, égouts, électricité, téléphone, voies d’accès et traversées bitumées. Il sera réalisé sur une période de dix ans et comporte des aménagements dans trois localités distinctes : Togbin, Adouko Daho, Djègbadji, Avlékété. Les bonnes dames de Djègbadji implorent toute fois l’indulgence du gouvernement béninois pour ce qui est de la préservation de leur héritage ancestral et de leur devenir ainsi que ceux de leurs familles.

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